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Les médias en parlent ici, , et aussi , le « plan de sécurisation » de la direction de Paris 8 (ma fac) fait débat…

 

Mais de quoi s’agit-il ?

Il est peu dire que Paris 8 a une tradition d’ouverture. Fondée en 1969 dans la foulée des revendications de Mai 68, le Centre expérimental de Vincennes avait pour but d’expérimenter de nouvelles pédagogies, de nouveaux rapports entre étudiants et professeurs. Pas de besoins d’avoir de baccalauréat pour y entrer, pas non plus besoin d’avoir des papiers. La Fac se veut ouverte à tou-te-s. En 1980, l’université subit un déménagement forcé vers Saint Denis. La fac change mais demeure ouverte vers l’extérieur. La vie associative y est particulièrement riche.

Aujourd’hui encore, Paris 8 accueille 35% d’étudiants étrangers (contre 15% à l’échelle nationale), beaucoup d’étudiants salariés, de précaires, des gens qui viennent de tous types de bac. C’est un melting pot génial où des personnes de tous horizons bossent ensemble !

Mais forcément, comme sur tout campus, ça peut déraper. On parle de trafic de drogues, de vol et d’agressions. Je dis bien « on parle » parce que j’imagine qu’il ne doit pas y en avoir beaucoup plus qu’ailleurs et personnellement, je n’en ai jamais été témoin… Certains personnels de la fac ressentent un sentiment d’insécurité, et c’est pas normal.

Arrivée en 2012, la nouvelle présidente a décidé de s’attaquer à ce « problème » de l’insécurité à la fac. Quelques mois plus tard, après avoir consulté les représentants des différents usagers de la fac, elle accouche de deux documents : un plan de sécurisation de Paris 8 et un nouveau règlement intérieur.

Devant la maison de l'etudiant

Le compte-rendu du Conseil d’administration du 12 juillet 2013, disponible sur l’intranet de l’université, précise tel quel que « La modification principale consiste à réserver l’accès à l’Université aux seules personnes dont la présence est justifiée. » Il s’agit donc clairement de restreindre l’accès de l’université à tous ceux qui ne seraient pas étudiant-e-s, chercheurs-euses, professeurs ou personnels.

Mais quid, par exemple, de la bibliothèque universitaire qui est censée être ouverte à n’importe qui et permettre à tout plein de gens de Seine-Saint-Denis d’avoir accès gratuitement à l’une des collections les plus riches de la région ? Leur présence est-elle considérée comme « justifiée » ?
Comment faire le tri entre ceux qui pourront et ceux qui ne pourront pas accéder à la fac ? On se retrouve là avec les mêmes problèmes que pose le contrôle au faciès.

Le fait de savoir si une personne a le droit ou pas d’être d’en la fac serait au bon vouloir des gardiens de société privée qui sera embauchée.

 

Le même compte-rendu précise aussi :

Les 14 caméras d’intérieur seront remises en marche. […]

 

Il est proposé de mettre en place un dispositif permettant la présence d’huissiers de 8 h 30 à 22 h 30 tous les jours dans tous les bâtiment. […] Le besoin en personnel a été évalué à 16 ETP. […]

 

Le système d’alarme sera revu avec la mise en place de capteurs de présence qui permettront l’intervention rapide en cas d’intrusion. Certains bâtiments verront la mise en place de grilles et de fermetures de portes. […]

 

Le coût de ces mesures représente 447 000 euros de dépenses d’investissements et 1,3 millions pour les prestations de gardiennage. […]

Dans un mail adressé aux étudiant-e-s, la présidente écrit « Je souhaite vous informer que la direction de l’université n’envisage aucune restriction des libertés individuelles au sein du campus. » mais ne détaille en rien ses projets. Nous sommes laissés dans l’ignorance.

Faute d’information fiable, les rumeurs les plus folles vont bon train. On entend parler de 140 nouvelles caméras de surveillance, de portiques à l’entrée de l’université pour contrôler les cartes des étudiant-e-s, de restrictions vis-à-vis des dizaines d’événements spontanés organisés sur le campus par les différentes associations.

Les attentes des personnels et de certains étudiant-e-s pour lutter contre le sentiment d’insécurité qu’ils ressentent étaient légitimes mais les solutions proposées sont contreproductives. Les caméras de surveillance n’ont jamais permis de réduire l’insécurité, elles déplacent le problème hors de leur champ de vision et participent au contraire à créer ce sentiment d’insécurité. Se sent-on plus en sécurité quand 3 caméras sont braquées sur soi que quand il n’y en a pas ?

Ce qui choque aussi, ce sont les montants consacrées aux « prestations de gardiennage » : 1,3 millions d’€uros, par an, issus du budget de la fac qui partira directement dans les poches d’une société privée  car le même compte-rendu précise qu’il n’est pas possible d’augmenter la masse salariale de l’université et qu’il faudra donc déléguer au privé la sécurité et le gardiennage.

Quand on sait que le budget de la fac sera en baisse à cause des réductions des dotations de l’État l’an prochain, c’est assez dur à avaler. Tout l’argent dépensé dans ce plan de sécurisation, ce sera autant d’argent qu’il faudra économiser ailleurs. Quand on voit qu’il manque des tables, des chaises ou des dossiers dans certains amphis ou que les toilettes sont dans un état pitoyable, on a du mal à comprendre les choix de l’université.

 

Plusieurs dizaines d’étudiant-e-s, emmenés par Solidaires, se mobilisent contre ce nouveau projet et sont déjà par deux fois parvenu à faire repousser le vote de ce plan de sécurisation et du nouveau règlement intérieur, en empêchant la tenue du Conseil d’Administration de l’Université. La présidence repousse mais reste sourde en ne revenant pas sur ces propositions.

Après l’annulation du Conseil d’Administration de vendredi dernier, elle a décidé de convoquer un nouveau Conseil, non pas à l’université comme cela se fait d’habitude, mais au Rectorat, à Créteil.

Affaire à suivre !