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Depuis quelques semaines, la rumeur court dans Rouen et même jusque dans la presse. Tout le monde parle de plusieurs sondages, commandés par le Parti Socialiste ou l’UDI, qui placeraient la liste citoyenne et écologiste menée par Jean-Michel Bérégovoy en tête au premier tour des Élections Municipales des 23 et 30 Mars prochains.

Lorsque j’en ai parlé à plusieurs ami-e-s qui n’ont pas eu la chance d’être rouennais, tou-te-s avaient l’air surpris-es. Si l’on cite souvent des villes comme Grenoble ou Rennes comme étant des villes à la fibre écolo, Rouen ne fait habituellement pas partie de la liste. Je vais donc essayer de leur expliquer, dans cet article, pourquoi les écologistes peuvent gagner à Rouen.

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Le contexte municipal

La Capitale de la (Haute-)Normandie est une ville de quelques 111 000 habitants, au cœur de la 12ème unité urbaine de France (450000 habitants). Petite ville au cœur d’une grosse agglomération très industrielle, elle fut un véritable bastion centriste entre 1945 et 1995, avec notamment Jean Lecanuet (UDF), maire de 1968 à 1993.

En 1995, à la faveur d’une triangulaire avec le Front National, la liste socialiste menée par Yvon Robert remporte l’élection. Yvon Robert devient maire jusqu’en 2001, date à laquelle la ville bascule à nouveau au Centre-Droit avec la victoire de la liste menée par Pierre Albertini. En 2008, afin d’augmenter autant que possible les chances de victoire de la gauche, le PS, les Verts et le Parti Communiste se présentent dès le premier tour sur une liste commune emmenée par Valérie Fourneyron, plus charismatique qu’Yvon Robert, et actuelle Ministre des Sports.

La liste d’Union de la Gauche l’emporte dès le premier tour à plus de 55%.

Mais très rapidement, les désaccords se font sentir. Après que Valérie Fourneyron a retiré une partie de ses délégations à un de ses adjoints verts, Guillaume Grima et refuse de les lui rendre, l’ensemble des adjoints verts rendent leurs délégations. Ils resteront dans la majorité, continueront à porter leurs propositions mais ne participeront plus à l’exécutif.

Dès lors, la décision ne faisait aucun doute : les écologistes allaient partir sans le parti socialiste aux élections de 2014.

 

Les Écologistes dans la Ville

Si Rouen n’est pas considéré comme une ville particulièrement écolo-friendly, les écologistes y réalisent pourtant de bons scores depuis un certain nombre d’années. Ainsi, en 2001, la liste des Verts emmenée par Guillaume Grima rassemblait déjà plus de 10% des voix.

Aux Européennes de 2009, la liste Europe Écologie emmenée par Hélène Flautre réalisait un score de 21,4%, loin devant la liste socialiste qui n’avait alors rassemblé que 17,5%, alors même que la liste menée par Corinne Lepage avait recueilli 10% des voix.

Aux Régionales de 2010, la liste Europe Écologie emmenée par Claude Taleb avait rassemblé 15% des votants, en troisième place derrière le PS (34%) et l’UMP (26%).

Enfin, en 2011, sur les 4 cantons renouvelés au cours des élections cantonales, les écologistes obtiennent de 13 à 15% dans trois d’entre eux. Dans le dernier, Jean-Michel Bérégovoy se maintient au second tour face à un candidat socialiste et rassemble pas moins de 47% des suffrages. Il y bénéficie notamment de la notoriété de son père, Michel Bérégovoy, élu à divers mandats sur Rouen entre 1981 et 2011, et frère de l’ancien Premier Ministre Pierre Bérégovoy.

Qu’est-ce qui permet aux écologistes de faire de tels scores ? Une base militante plus populaire qu’ailleurs en France sans doute. Il est peu de groupes locaux EELV où l’on trouve parmi les militants les plus investis : un grutier, un agent de tri, un chef de chantier dans le bâtiment, un magasinier, un cheminot ou encore une assistante sociale. Les écolos rouennais arrivent à parler à d’autres personnes que les habituels doctorants ou Bac+5 et c’est sans doute une de leurs plus grande force.

A Rouen, les écologistes (et plus encore lorsqu’ils sont représentés par Jean-Michel Bérégovoy) peuvent donc faire de très bons scores. Encore faut-il, bien-sûr, que la situation politique soit favorable.

 

Les forces en présence : 5 listes à gauche, 2 à droite, 1 FN.

Comme en 2008, on devrait retrouver deux listes à l’extrême gauche, l’une du NPA, et l’autre de LO. En 2008, malgré l’absence de liste communiste, aucune des deux listes n’avait réussi à dépasser la barre des 5%, nécessaire pour se maintenir au second tour.

A la gauche de la gauche, alors que les différentes composantes du Front de Gauche avaient d’abord voter en faveur d’une liste autonome du Front de Gauche, les Communistes leur ont fait faux bond et sont partis rejoindre les socialistes, il y a tout juste quelques semaines. Si les autres composantes du Front de Gauche ont annoncé leur volonté de présenter une liste autonome sans les communistes, ils pourraient avoir quelques difficultés à rassembler les 55 noms nécessaires au dépôt d’une liste.

Les socialistes, fort du soutien des Communistes et du PRG, présenteront une liste, emmenée non pas par Valérie Fourneyron mais par Yvon Robert, celui qui avait perdu en 2001. Ce dernier est avant tout un homme de dossiers, et une image austère lui colle à la peau. Pas génial pour faire campagne. Aux 15 première places de la liste figurent le maire sortant, une ministre, un président de région, une présidente des Jeunes Socialistes, 8 adjoint-e-s sortant-e-s et 1 conseiller municipal sortant et seulement deux nouvelles têtes ! Niveau renouvellement, on a fait mieux !

Du côté des écologistes, c’est Jean Michel Bérégovoy qui conduit, avec Annie Lamarre-Daragon, une liste citoyenne et écologiste composée à plus de 60% de personnes ne faisant partie d’aucun parti politique et dont le programme a été élaboré depuis plusieurs mois au cours de réunions participatives dans tous les quartiers de la ville.

La droite partira divisée elle aussi. Si, il y a quelques mois, l’UDI et l’UMP étaient prêtes à faire liste commune, les deux formations revendiquaient le fait de conduire cette liste d’Union. Aucun des deux partis n’a cédé et c’est donc sur deux listes séparées que partiront le centre droit et la droite.

Enfin, le Front National a annoncé son intention de présenter une liste de candidats à Rouen, aurait réussi à trouver ses 55 colistiers à parité mais ne devrait pas parvenir à se maintenir au second tour.

 

Le contexte politique

Les chances de voir la ville basculer à droite sont très faibles et les électeurs savent de toutes façons, qu’il y aura une liste de gauche au second tour. Voter pour les écologistes pourrait donc représenter une bonne alternative à gauche à un parti socialiste en panne, marqué dans l’agglomération rouennaise par l’omniprésence de Laurent Fabius, et dont la politique nationale déçoit, à Rouen comme ailleurs.

Pas étonnant que les écologistes aient fait de la démocratie et de la gouvernance leur principal cheval de bataille pour le mandat à venir, dans une agglomération où les politiques publiques sont trop souvent le fait du prince.

Il faut toutefois rester très prudent. Personne n’a vu les sondages dont je parlais au début de l’article et même s’ils étaient avérés, tout peut encore basculer. Toujours est-il que le meilleur sondage reste encore le sentiment des militant-e-s qui, chaque jour, discutent avec les Rouennais-e-s. Et disons qu’ils sont très optimistes !

 

Photo : http://www.flickr.com/photos/zigazou76/6103771485/